Le rendement de votre retraite
301 160 € versés pour la retraite, 635 624 € de pensions attendues, en euros de 2025. Soit 2,11 € reçus pour 1 € versé, et un taux de rendement interne de 2,35 % par an, hors inflation.
Convention du Conseil d’orientation des retraites pour les salariés du privé : les deux parts sont comptées. Un travail publié en 2025 dans la Review of Economic Studies montre que les cotisations patronales à fort lien cotisation-prestation — la retraite en fait partie — sont répercutées à près de 100 % sur les salaires : c’est bien du salaire différé.
Versé pour la retraite
301 160 €
- Part salariale
- 125 389 €
- Part patronale
- 175 771 €
- Sur un salaire brut cumulé de
- 1 193 159 €
- Salaire brut moyen
- 29 101 € / an
- … soit par mois
- 2 425 €
- Sur
- 41 années travaillées
Pensions attendues
635 624 €
- Pension mensuelle brute
- 2 105 €
- … nette de prélèvements
- 1 978 €
- Taux de remplacement
- 87 % du salaire moyen
- Pendant
- 25,5 ans
- Jusqu’à
- 88 ans et 3 mois
- Soit au total
- 27 versements annuels
L’année où vous rattrapez votre mise
En bleu ce que votre travail a versé, cumulé année après année. En vert ce que vous touchez. Le croisement est le moment où le second rattrape le premier. Pour vous, 2038 — à 74 ans et 10 mois.
Les trois indicateurs que publie le Conseil d’orientation des retraites
25,2 %
Part de votre salaire brut de carrière consacrée à la retraite, les deux parts comprises.
53,3 %
Pensions totales rapportées au même salaire brut de carrière.
211 %
Le rapport des deux précédents. Au-dessus de 100 %, on reçoit plus qu’on n’a versé.
Votre taux de rendement interne : 2,35 % par an
Le rapport « reçu sur versé » ignore une chose : quand les flux ont eu lieu. Deux carrières qui versent et touchent les mêmes sommes n’ont pas le même rendement si l’une a cotisé à vingt ans et l’autre à cinquante. Le taux de rendement interne corrige cela — c’est le taux annuel qui égalise la valeur actualisée des cotisations et celle des pensions. Il est ici calculé sur des flux en euros constants : c’est donc un taux réel, hors inflation.
L’échelle ci-dessus est le cas type du Conseil — salarié non cadre du secteur privé, carrière complète, cotisations salariales et patronales —, tiré de la Conseil d’orientation des retraites — treizième rapport annuel, 11 juin 2026. Le Conseil actualise ses flux sur le salaire moyen par tête ; le simulateur les actualise sur les prix, la convention du point de vue individuel. Les valeurs affichées ici ont donc été ramenées à cette seconde convention en ajoutant 0,7 %, la croissance tendancielle du salaire réel dans le scénario de référence. Pour votre génération, le repère est 1,81 % contre 2,35 % pour votre carrière.
Un rendement qui baisse n’est pas un système qui se dérègle. À l’équilibre, un régime par répartition rend le taux de croissance de l’économie — pas davantage, et ce n’est pas un choix mais une identité comptable. La décroissance observée de génération en génération est la fin mécanique d’une montée en charge : les générations des années 1940 ont perçu des pensions sans avoir beaucoup cotisé, parce que le régime venait de naître. Le taux de cotisation retraite moyen d’une carrière est passé de 18,8 % pour la génération 1940 à 28,5 % pour celle de 2000 : c’est le premier moteur de la baisse.
« Cent euros en 1980, cent euros en 2000 : cela fait deux cents à rendre, non ? »
L’objection est juste sur la mécanique. Rien n’a été placé : vos cotisations de 1980 ont payé, la même année, les pensions des retraités de 1980. Aucun euro ne vous attendait quelque part.
Elle ne permet pourtant pas de répondre à la question. Cent euros cédés en 1980 n’étaient pas le même sacrifice que cent euros cédés en 2000 : c’était près de trois fois plus de pouvoir d’achat. Les additionner tels quels revient à additionner des francs et des euros. Trois conventions existent donc, elles ne mesurent pas la même chose, et le simulateur les affiche toutes les trois — parce qu’aucune n’est « la » bonne, et que l’écart entre elles est plus grand que la plupart des désaccords politiques sur le sujet.
| Convention | Ce qu’elle mesure | Versé | Perçu | Rapport | Rendement annuel |
|---|---|---|---|---|---|
| En euros constants (prix) · retenue ci-dessus | Ai-je retrouvé le pouvoir d’achat auquel j’ai renoncé ? | 301 160 € | 635 624 € | 2,11 × | 2,35 % |
| En part du salaire moyen | Ai-je retrouvé ma part de la richesse produite ? | 334 894 € | 559 142 € | 1,67 × | 1,59 % |
| En euros courants (aucune conversion) | Combien de pièces sont passées ? | 228 315 € | 825 209 € | 3,61 × | 4,13 % |
- En euros constants (prix)Chaque flux est ramené au pouvoir d’achat d’aujourd’hui par l’indice des prix de l’INSEE. C’est la convention du point de vue individuel : elle compare ce que la cotisation m’a coûté en renoncement, et ce que la pension me permet d’acheter.
- En part du salaire moyenChaque flux est rapporté au salaire moyen de son année — mesuré ici par le plafond de la Sécurité sociale, qui est précisément indexé dessus. C’est la convention que le Conseil d’orientation des retraites retient pour comparer les générations : elle neutralise la croissance économique, et donne toujours un rendement plus faible que la précédente.
- En euros courants (aucune conversion)Aucune conversion : 100 € de 1980 comptent pour 100 €. C’est la lecture de caisse, et elle flatte spectaculairement le système — les cotisations anciennes sont de petits nombres, les pensions futures de grands. Elle ne dit rien du sacrifice consenti, mais elle a le mérite de montrer que la répartition ne place rien : l’argent encaissé une année est dépensé la même.
Le résultat surprend dans l’autre sens. Ne rien convertir — la lecture de caisse, celle de l’objection — donne le rapport le PLUS favorable au système : 3,61 contre 2,11 en euros constants et 1,67 en part du salaire moyen. La raison est arithmétique : les cotisations anciennes sont de petits nombres nominaux, les pensions futures de grands. Convertir ne flatte pas le système — cela le durcit.
Où est parti le reste
Le rendement ci-dessus ne porte que sur la retraite. Or votre travail a versé bien davantage : voici la totalité, et ce que chaque euro a acheté. Tout est en euros de 2025.
| Ce que ça finance | Versé | Part du total | Ce que vous en retirez |
|---|---|---|---|
| Retraite | 301 160 € | 42,3 % | 635 624 € de pensions attendues |
| Assurance chômage | 66 970 € | 9,4 % | 28 576 € d’allocations perçues |
| Maladie, famille, accidents, autonomie | 264 123 € | 37,1 % | des soins, des prestations familiales, une couverture — sans compteur individuel |
| CSG, CRDS et impôts affectés | 79 009 € | 11,1 % | plusieurs branches à la fois, dette sociale comprise : aucune clé ne permet de les ventiler |
| Total prélevé sur votre travail | 711 262 € | 100 % | pour un salaire brut cumulé de 1 193 159 € |
58 % de ce que vous avez versé n’étaient pas pour votre retraite. C’est le fait le plus mal compris de tout ce tableau, et ce n’est ni un scandale ni un accident : la retraite n’est qu’une des cinq branches. Les autres achètent une assurance — des soins, des allocations familiales, une couverture des accidents du travail, une indemnisation si l’emploi s’arrête. On n’en « récupère » rien tant que le risque ne se réalise pas, et c’est précisément le but. Vous avez d’ailleurs perçu 28 576 € d’allocations chômage.
Quatre choses que ce chiffre ne dit pas
- Ce n’est pas votre argent qui vous revient. Vos cotisations de 1995 ont payé les pensions de 1995. Elles n’ont été placées nulle part, et le rapport affiché ne mesure pas la performance d’un placement : il compare deux flux, à quarante ans d’intervalle, dans un système où chaque génération paie pour la précédente.
- Les cotisations d’assurance ne sont pas comptées, et c’est délibéré. Vous avez versé 343 132 € de cotisations maladie, famille, accidents du travail et autonomie. Elles n’achètent aucune pension : elles achètent des soins, des prestations familiales, une couverture. Les ajouter au dénominateur ferait chuter le rendement de moitié et n’aurait aucun sens — c’est pourtant l’erreur la plus courante dans les comparaisons qu’on lit.
- L’espérance de vie n’est pas la même pour tous. À 35 ans, un cadre a environ six ans d’espérance de vie de plus qu’un ouvrier. À cotisation égale, six ans de pension de plus. Le simulateur applique une moyenne nationale par sexe : il surestime donc le rendement des carrières les plus pénibles, et sous-estime celui des autres.
- Le calcul suppose que rien ne change. Les pensions à venir sont revalorisées selon l’hypothèse d’inflation affichée, et le droit appliqué est celui d’aujourd’hui. Or l’âge légal a changé quatre fois depuis 2010, et la dernière réforme a été suspendue moins de trois ans après son entrée en vigueur.