Facturation électronique : l’obligation s’applique, et le ministre annonce aucune pénalité en 2026
Depuis le 1er septembre, toutes les entreprises assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée doivent être en capacité de recevoir des factures électroniques. L’obligation d’en émettre, elle, ne concerne pour l’instant que les grandes entreprises et les entreprises de taille intermédiaire. Les petites et moyennes entreprises, les très petites entreprises et les micro-entrepreneurs disposent d’un an de plus, jusqu’au 1er septembre 2027.
La facturation électronique couvre les échanges entre entreprises assujetties établies en France. Le e-reporting porte précisément sur ce qui en est exclu : les ventes aux particuliers, celles aux professionnels non assujettis et les opérations internationales, ainsi que les données de paiement.
Le ministre annonce l’absence de pénalité avant 2027
Le ministre de l’Action et des Comptes publics, David Amiel, a précisé la portée réelle de l’échéance. Selon ses termes, le 1er septembre n’est pas une date couperet mais un point de départ, et aucune entreprise ne fera l’objet de pénalités d’ici la fin de l’année 2026.
La distinction compte pour les entreprises concernées. L’obligation juridique existe depuis le 1er septembre, et les pénalités aussi, mais le ministre annonce qu’aucune ne sera appliquée en 2026. Selon Bercy, environ 3,5 millions d’entreprises avaient choisi une plateforme au 19 août, soit près de 55 % de la cible.
Un calendrier en deux temps
- 1er septembre 2026Toutes les entreprises assujetties à la TVA doivent pouvoir recevoir une facture électronique. Les grandes entreprises et les ETI doivent aussi en émettre.
- fin 2026Aucune pénalité n’est appliquée, selon le ministre des Comptes publics.
- 1er septembre 2027Les PME, TPE et micro-entreprises doivent à leur tour émettre des factures électroniques.
L’objectif affiché porte sur la fraude à la taxe
La justification avancée est la lutte contre la fraude à la taxe sur la valeur ajoutée. Les ordres de grandeur cités varient selon la méthode et le périmètre retenus, et aucun chiffrage officiel du rendement attendu du dispositif n’a été publié.
Le principe technique est simple. Une facture qui transite par une plateforme agréée laisse une trace horodatée que l’administration peut rapprocher des déclarations de taxe. Le contrôle cesse d’être un rapprochement a posteriori sur pièces pour devenir un croisement automatique de flux déclarés.
L’Italie, qui a imposé la facturation électronique dès 2019, constitue le seul point de comparaison européen sur une durée suffisante. L’écart entre la taxe théoriquement due et la taxe effectivement perçue y est mesuré chaque année par la Commission européenne.
Qui doit faire quoi, et quand
Entreprises assujetties à la TVA, transactions entre entreprises en France
| Taille d’entreprise | Recevoir | Émettre |
|---|---|---|
| Grandes entreprises | 1er sept. 2026 | 1er sept. 2026 |
| Entreprises de taille intermédiaire | 1er sept. 2026 | 1er sept. 2026 |
| Petites et moyennes entreprises | 1er sept. 2026 | 1er sept. 2027 |
| Très petites entreprises et micro-entreprises | 1er sept. 2026 | 1er sept. 2027 |
Une réforme sans vote parlementaire cette année
Sur les 8 434 scrutins publics tenus à l’Assemblée nationale depuis le 8 octobre 2024, aucun ne porte dans son intitulé les mots facturation ou taxe sur la valeur ajoutée. La réforme trouve son origine dans l’article 91 de la loi de finances pour 2024, et son calendrier a été modifié par l’article 123 de la loi de finances pour 2026, qui a également revu les pénalités.
Ce partage explique pourquoi une réforme qui touche l’ensemble des entreprises assujetties n’a pas laissé de trace dans les votes de l’année. Le législateur a fixé le principe et l’habilitation, l’exécutif a fixé les dates et les modalités techniques.
Le report du calendrier initial a donc été décidé par le législateur lui-même, en loi de finances, et non par décret.
Le passage obligé par une plateforme immatriculée
La plupart des entreprises produisent déjà leurs factures sous forme de fichier. La contrainte nouvelle est de les faire transiter par une plateforme de dématérialisation immatriculée par l’administration fiscale, qui en contrôle le format et en transmet les données.
Le coût de mise en conformité varie selon l’équipement comptable existant. Une entreprise dotée d’un progiciel de gestion récent active une fonction. Une entreprise qui facture sur tableur doit choisir un prestataire, s’y abonner et reprendre ses processus.
Le décalage d’un an accordé aux plus petites structures reconnaît cet écart. Il reporte l’obligation d’émettre, non celle de recevoir, qui s’impose dès à présent à toutes.
Une chaîne de données plutôt qu’un contrôle sur pièces
Ce qui change est le chemin de la facture. Une facture électronique au sens de la réforme est un document structuré transmis par une plateforme immatriculée, qui en extrait les données et les transmet à l’administration. Un fichier envoyé par courriel ne satisfait pas à l’obligation.
Une transaction entre deux entreprises françaises laisse désormais une empreinte horodatée chez un tiers agréé, indépendamment de la déclaration que chacune des deux parties souscrira ensuite.
Recevoir suppose néanmoins d’être raccordé. Une entreprise qui n’a désigné aucune plateforme ne peut pas recevoir une facture émise par un grand donneur d’ordre, ce qui fait de l’obligation de réception une contrainte immédiate pour l’ensemble du tissu économique.
Le périmètre de la réforme
- 1er sept. 2026
- obligation de recevoir, pour toutes les entreprises assujetties
- 1er sept. 2027
- obligation d’émettre pour les PME, TPE et micro-entreprises
- 3,5 millions
- d’entreprises raccordées au 19 août, soit près de 55 %
- 0
- scrutin de la législature portant sur la facturation
Le nombre de plateformes de dématérialisation immatriculées par l’administration fiscale constitue l’indicateur avancé de la préparation du tissu économique. Il est publié et daté, à la différence du taux de raccordement des entreprises, qui ne l’est pas.
Cet écart, déjà cité pour l’Italie, fournira la mesure de l’effet du dispositif. Le décalage entre l’entrée en vigueur et l’observation de cet effet se comptera en années.
Une exportation, une vente à un particulier ou une prestation à un organisme non assujetti restent hors du champ de la facture électronique obligatoire, sans échapper pour autant à la transmission de données.
Les factures reçues dans un format non conforme n’ouvrent pas droit à déduction de la taxe une fois le dispositif pleinement en vigueur. Cette conséquence, plus dissuasive qu’une pénalité, ne joue toutefois qu’à compter du moment où l’émetteur est lui-même soumis à l’obligation d’émettre.