Macron promet fermeté et transparence après les violences, Nuñez sous pression pour démissionner
« Nous ressentons tous ce soir de la colère, de la honte », a déclaré Emmanuel Macron, dimanche à 20 heures, dans une allocution télévisée depuis l’Élysée. Au lendemain d’une mobilisation contre la vie chère dégénérée en pillages et en affrontements dans plusieurs grandes villes, le président de la République a promis que « ceux qui ont détruit doivent payer, ceux qui ont pillé doivent rembourser ». « Nous serons intraitables », a-t-il martelé.
Le chef de l’État a imputé les violences à des « factieux issus de groupuscules d’ultragauche, rejoints par de nombreux délinquants ». Il a appelé à ne jamais « confondre » les manifestants aux « revendications légitimes » avec « ceux qui ont détruit, cassé, pillé ». Emmanuel Macron a demandé au gouvernement, et notamment « au ministre de l’Intérieur » Laurent Nuñez, de « tirer toutes les leçons » de la journée « en matière de renseignement et d’anticipation ». « J’attends des réponses claires et toute la transparence sera faite », a-t-il assuré. Les préfets, a-t-il ajouté, prendront les décisions avec les maires pour « protéger nos villes, nos bâtiments publics et nos commerces ».
Près d’un millier de policiers et gendarmes blessés
Le ministre de l’Intérieur a livré en fin de journée le bilan consolidé de la mobilisation de la veille : 2 397 interpellations en France et 997 policiers et gendarmes blessés, dont sept gravement. À Paris, la préfecture de police a annoncé 855 interpellations, un « chiffre record » selon elle. Le préfet du Rhône, Étienne Guyot, en a compté 160 à Lyon dans la nuit de samedi à dimanche.
« Manifester est un droit fondamental. Semer le désordre avec violence et de manière concertée n’en est pas un », a écrit Laurent Nuñez sur X. Le ministre a décrit à Marseille « des exactions commises par plusieurs milliers d’individus d’ultragauche », ensuite « rejoints par des délinquants qui ont pillé et saccagé de nombreux commerces ».
Le bilan de la mobilisation du 17 octobre selon les autorités
- 2 397
- interpellations en France, selon le ministère de l’Intérieur
- 997
- policiers et gendarmes blessés, dont sept gravement, selon le ministère de l’Intérieur
- 855
- interpellations à Paris, un « chiffre record » selon la préfecture de police
- 160
- interpellations à Lyon dans la nuit de samedi à dimanche, selon le préfet du Rhône
Interpellations lors de la mobilisation du 17 octobre
À Paris selon la préfecture de police, à Lyon selon le préfet du Rhône
De La France insoumise au RN, la démission du ministre réclamée
Dès dimanche matin, avant l’allocution présidentielle, des députés insoumis, écologistes et du Rassemblement national réclamaient le départ de Laurent Nuñez. « Cet échec pour la République est l’échec du gouvernement. La démission du ministre de l’intérieur s’impose », a écrit sur Bluesky la députée écologiste Delphine Batho. « Ça suffit cette doctrine du maintien de l’ordre qui n’est que sauvagerie. Le ministre Nuñez doit démissionner », a écrit sur X le député insoumis Éric Coquerel. Sa collègue Danièle Obono a étendu la demande au Premier ministre : « Nuñez, Lecornu : démission ! »
Il n’y a pas d’autre issue à cette journée du 17 octobre que sa démission.
Au Rassemblement national, le député Franck Allisio a jugé Laurent Nuñez « complètement dépassé et incompétent face à cet ensauvagement ». Sa collègue Laure Lavalette a formulé la même exigence dans un message publié dimanche matin : « Nous sommes le 18 octobre, il est 10h52 et Laurent Nuñez n’a toujours pas démissionné. »
Une allocution jugée « lamentable » par Jordan Bardella
Le discours lui-même n’a pas convaincu les oppositions. « Lamentable allocution d’Emmanuel Macron. Ce pouvoir lâche et désorienté n’a plus rien à dire aux Français, plus rien à leur proposer », a écrit sur X le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, rapporte L’Express. La présidente du groupe insoumis à l’Assemblée, Mathilde Panot, a qualifié le chef de l’État d’« artisan du chaos ». Pour le sénateur écologiste de Paris Yannick Jadot, l’intervention a été une « terrible démonstration d’impuissance ».
La secrétaire nationale des Écologistes, Marine Tondelier, a reconnu que le président avait fait « la différence entre les manifestants et les casseurs ». Mais elle s’est dite « très déçue » qu’il n’ait pas eu un mot pour les deux manifestants mutilés à Saint-Étienne et à Mulhouse.
Laurent Nuñez doit se rendre lundi à Marseille, dont le maire, Benoît Payan, a « demandé des comptes » au gouvernement. La cellule interministérielle de crise, d’abord prévue dimanche à 19 heures, a été reportée à lundi 10 heures, a fait savoir Matignon. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, réunira aussi « dans les prochains jours » partis politiques, syndicats et représentants des lycéens et étudiants, a annoncé Emmanuel Macron.
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